« Les parents se séparent. Mieux vivre la crise et aider son enfant *» ?

Ce  livre qui vient de me  tomber sous la dent, faut-il l’avaler tout cru, le déguster  comme une gourmandise, le  laisser revenir à feu doux ?  Commençons par le décortiquer…

Trois spécialistes  – deux psychologues, Richard Cloutier et Harry Timmermans et une médiatrice familiale, Lorraine Filion, Présidente de l’AIFI (Association internationale francophone des intervenants auprès des familles séparées) – ont uni leurs forces pour nous présenter un ouvrage soutenu, de bout en bout, par une problématique forte : la séparation des parents par rupture du lien conjugal, fait apparaître  l’enfant comme doublement « inséparable », il reste, en effet, attaché à ses deux parents (désormais désunis) tout en étant lui-même « inséparable au sens de « indissociable » ou « insécable », pour les parents.

C’est ce problème que les trois auteurs vont étudier, mettant à profit toutes les ressources de leurs expériences professionnelles respectives, pour nous faire suivre le  processus qui va de la crise du couple à une éventuelle recomposition familiale.

Dès les premières lignes,  l’accent est mis sur « le choc psychologique » de la rupture et les souffrances qu’il entraîne pour les parents comme pour les enfants au cours des étapes (« aménagements »…  « non permanents ») et transitions qui suivent la rupture, quelle que soit la nouvelle structure familiale : enfant avec mère seule, enfant avec père seul, famille recomposée, etc.

Les deux chapitres suivants sont consacrés à celui qui est au cœur du dispositif : comment parler à l’enfant de la séparation, comment le rassurer, lui éviter les conflits d’adultes, comment comprendre ses réactions, extrêmement diverses en face de cet évènement ; en voici une, dans un raccourci linguistique saisissant : « les enfants-huîtres ». Expression lourde de sens mais immédiatement compréhensible….En bref, l’enfant se referme, il n’est pas simple pour lui de séparer conjugalité de parentalité, il n’est pas simple, non plus, pour les parents, de réévaluer  les conséquences de leur séparation pour leur enfant.

Arrivons au cœur du livre, il est consacré à la coparentalité « parce que l’enfant ne se sépare pas » (voir ci-dessus).Elle est définie (encore une formule heureuse) comme un « lien fonctionnel » qui garantit  et sauvegar l’intérêt de l’enfant, mais exige une communication continue entre les deux parents. Facile à imaginer, difficile à réaliser concrètement, mais les auteurs mettent à la disposition des parents non seulement des réflexions pertinentes mais aussi des conseils, des statistiques ( p. 191) tout en utilisant dessins et récits d’enfants ( p. 112), lorsque cela s’avère nécessaire.

Ma lecture de la deuxième partie sera moins consensuelle, il ne me semble pas inutile d’ouvrir un débat sur les chapitres 7 à 10.Pourquoi ?

L’utilisation de termes comme « service d’expertise psychosociale » ou «  séminaires sur la coparentalité »  peut se comprendre  puisqu’il s’agit surtout de transmettre aux parents en situation de rupture « l’expérience précieuse de personnes qui les ont précédés dans ce genre de conflit… » (p. 171), mais il est, de notre point de vue, plus difficile d’accepter ce qui suit : « le but implicite est de favoriser une élévation du niveau de conscience des parents par rapport à ce qui leur arrive et ce qui arrive à leurs enfants ».

Pour les médiateurs de l’Association Amély, les protagonistes d’un conflit (y compris en matière familiale) sont les porteurs de solutions les mieux placés, j’irais jusqu’à dire qu’ils sont les seules personnes compétentes en capacité de régler leurs propres affaires.

Je renvoie à ce sujet à une remarque judicieuse de Marilyne Texier ** : avant la séparation, dit-elle, la compétence des parents va de soi, pourquoi perdraient-ils cette compétence, du jour au lendemain, après ?

En un mot, les parents ont-ils besoin d’une « éducation parentale » pour reprendre une expression qui se trouve dans le titre du chapitre 7 ?

De même, les chapitres consacrés à la paternité, et pour les mêmes raisons que précédemment, seront éclairés par la lecture complémentaire de « Pour une éthique parentale » ***.

Après les réserves d’usage, il est temps de conclure.

Un petit livre très riche, parents et médiateurs ne manqueront pas d’y trouver leur miel. A lire, je veux dire à consommer, sans crainte  d’indigestion.

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* Les Editions du CHU Sainte-Justine (Montréal. Québec) deuxième édition 2012.

** Marilyne Texier, médiatrice familiale à l’EPE de Haute-Savoie, au cours de la 6ème conférence-débat de l’ESSSE, 69009 LYON. Le 2 3/11/2012.

*** « Pour une éthique parentale, Essai sur la parentalité contemporaine » par Jean-Marc Ghitti. Les éditions du Cerf. 2005. (en particulier le chapitre sur « les pères défaits »).

Jean Louis Rivaux, le 3 décembre 2012.